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Écrire à la limite des langages. Étapes d’un itinéraire anthropologique
Gilles Bibeau

Résumé :

Les descriptions ethnographiques sont toujours habitées par quelque chose de l’ordre du non-su, lequel ouvre une espace d’étrangeté (et d’obscurité) dans notre travail et dans notre écriture. Pour rendre compte de cette étrangeté essentielle, je me situerai sur un double horizon : externe en ce sens que toute la pratique anthropologique dérive d’autres activités, d’autres intérêts et d’autres rencontres qui surviennent dans d’autres sphères de notre vie ; interne en ce sens que notre travail et notre écriture surgissent de ce que nous sommes, de nos désirs, de nos refus et de nos préférences qui nous travaillent du dedans. La face obscure de l’anthropologie prend ainsi forme dans un espace bi-dimensionnel : l’axe horizontal des effets externes est habité, souvent à notre insu, par la verticalité de l’histoire personnelle, par des peurs et des certitudes intérieures, de même que par les idées qu’on se fait au sujet du monde.

Abstract:

Ethnographic descriptions are always inhabited by something of the order of the unknown, that reveals a realm of shadows and foreignness hidden within our work and writing. This fundamental foreignness exists between two horizons. One is external, in the sense that all our anthropological practices derive from activities, interests and meetings that occur in other spheres of our life. The other is internal, meaning that our work and our writing emerge from who we are, from our desires, denials and preferences, all of which leave their mark on us from the inside out. The hidden face of anthropology takes form in a two-dimensional space. Often unbeknown to us, the horizontal axis of external influences is inhabited by the verticality of our personal history, fears and convictions, as well as by the ideas we have about the world.

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