La date limite de réception des soumissions pour ce numéro est le 15 mai 2012.
Depuis trente ans, la notion de capital humain s'impose comme référence, au-delà des frontières du champ économique, dans d'innombrables espaces sociaux. À gauche comme à droite, dans des contextes de surplus de main d'oeuvre comme dans les « économies du savoir », les milieux politiques, corporatifs, éducatifs, les industries du développement et celles de la santé, les gestionnaires du travail et les designers de programmes sociaux « pensent avec » le concept de capital humain, élément courant de la novlangue néolibérale.
D'origines complexes et débattues, le concept de capital humain est diffusé sous sa forme contemporaine par les économistes néolibéraux de Chicago. S'il relève de la pensée économique classique d'appréhender l'être humain comme une ressource de laquelle extraire une plus-value par le travail, la notion néolibérale contemporaine de capital humain déborde le champ du travail pour proposer une conception biface de la subjectivation capitaliste. D'une part, la notion de capital humain renvoie à l'idée que, en tant moyen de production d'une organisation capitalistique comme de « la société », le capital humain est un site d'investissements divers (en santé, en éducation, en formation, en moralité) duquel un retour profitable est attendu. D'autre part, le capital humain réfère à l'ensemble des caractéristiques personnelles possédées par l'individu (ses qualifications, ses compétences, ses talents, mais aussi ses aptitudes, expériences et qualités personnelles) qu'il peut développer et mettre à profit à des fins productives. Signifiant l'absorption par l'économique de toute valeur concurrente, la capitalisation de soi inhérente au concept de capital humain est néanmoins représentée par ses tenants comme une humanisation de la pensée économique, maintenant cohérente avec la nature de l'homo oeconomicus. Le succès du concept de capital humain est à penser comme indicateur et instigateur de profondes transformations sociales, politiques, culturelles, idéologiques et anthropologiques. Ce sont à ces transformations que le présent numéro d'Altérités souhaite réfléchir depuis une perspective anthropologique.
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