Altérités

Revue d'anthropologie du contemporain

Appel à contributions

La date limite de réception des soumissions pour ce numéro est le 15 mai 2012.

CAPITAL HUMAIN

Sous la direction de Kim Turcot DiFruscia, Catherine Laurent Sédillot, Vincent Duclos et Bernard Bernier

Depuis trente ans, la notion de capital humain s'impose comme référence, au-delà des frontières du champ économique, dans d'innombrables espaces sociaux. À gauche comme à droite, dans des contextes de surplus de main d'oeuvre comme dans les « économies du savoir », les milieux politiques, corporatifs, éducatifs, les industries du développement et celles de la santé, les gestionnaires du travail et les designers de programmes sociaux « pensent avec » le concept de capital humain, élément courant de la novlangue néolibérale.

D'origines complexes et débattues, le concept de capital humain est diffusé sous sa forme contemporaine par les économistes néolibéraux de Chicago. S'il relève de la pensée économique classique d'appréhender l'être humain comme une ressource de laquelle extraire une plus-value par le travail, la notion néolibérale contemporaine de capital humain déborde le champ du travail pour proposer une conception biface de la subjectivation capitaliste. D'une part, la notion de capital humain renvoie à l'idée que, en tant moyen de production d'une organisation capitalistique comme de « la société », le capital humain est un site d'investissements divers (en santé, en éducation, en formation, en moralité) duquel un retour profitable est attendu. D'autre part, le capital humain réfère à l'ensemble des caractéristiques personnelles possédées par l'individu (ses qualifications, ses compétences, ses talents, mais aussi ses aptitudes, expériences et qualités personnelles) qu'il peut développer et mettre à profit à des fins productives. Signifiant l'absorption par l'économique de toute valeur concurrente, la capitalisation de soi inhérente au concept de capital humain est néanmoins représentée par ses tenants comme une humanisation de la pensée économique, maintenant cohérente avec la nature de l'homo oeconomicus. Le succès du concept de capital humain est à penser comme indicateur et instigateur de profondes transformations sociales, politiques, culturelles, idéologiques et anthropologiques. Ce sont à ces transformations que le présent numéro d'Altérités souhaite réfléchir depuis une perspective anthropologique.

Nous invitons les contributeurs à considérer les pistes suivantes :

  1. L'analyse théorique et historique de la notion de capital humain, de même que l'analyse de sa pénétration des champs économique, politique et social ainsi que du sens commun. À partir de quelles sources et dans quels contextes la notion a-t-elle été développée, adoptée et diffusée? En résonnance avec quelles transformations idéologiques, politiques et sociales? Dans quelles logiques et avec quels effets?
  2. L'ethnographie de milieux, de programmes, d'initiatives, de politiques qui réfèrent à la notion de capital humain (par exemple: programmes de responsabilisation corporative, initiatives de développement, nouvelles politiques publiques, mais aussi idéologies éducatives, approches psychologiques, méthodes de gestion, de travail, etc.).
  3. L'exploration des significations, utilisations et interprétations de la notion de capital humain, dans les milieux et chez les différents acteurs qui se l'approprient ou en font la promotion comme chez ceux qui y résistent ou la critiquent.

Veuillez transmettre un exemplaire électronique de votre texte et de deux résumés de 150 mots chacun en français et en anglais à comite@alterites.ca et à alterites@umontreal.ca.

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